« Oliver s'approcha alors de moi, me regarda fixement dans les yeux — tellement profondément que j'eus l'impression qu'il y creusait un énorme trou seulement qu'avec ses prunelles noisettes —, attrapa ma main, la déposa contre sa joue, puis me dit d'un ton supliant :
.....– Annie, parle-moi de ta mère. Vas-y selon tes sentiments, je ne veux pas que tu te brusque.
.....– Ma mère ?
.....– Oui, Annie, ta mère.
.....– Maman...
Je me tus, larme à l'½il. Oliver était là qui me regardait avec inquiétude, l'air désarçonné, toujours en me fusillant de son regard fané. Je jetai un coup d'½il ici, là-bas, par là, puis perdis à nouveau mon champ dans le sien. Il venait de me pousser à m'aventurer sur une piste bourrée de mines qui n'attendaient que leur explosion, mais il sembla faire à sa tête.
.....– Anne Austin Thomas alias Annie, la Terre apelle la Lune, tenta-t-il à nouveau en retirant ma main de sa joue et en la déposant sur mon genou. Je répète, la Terre apelle la Lune.
.....– La Lune s'est heurtée contre son c½ur.
.....– Tu le sais que t'es capable de m'en parler, ne joue plus au petit chiot qui boite, tu as passé ce stade-là il y a quelques mois. Lance-toi, je suis là pour toi, et j'attends toujours.
.....– Tu n'y vas pas de main morte, tu me blesse.
.....– Allez.
Je retentai un regard en l'air, au sol, puis sur mon couvre-lit sur lequel nous étions assis tous deux de manière indienne. Je ne pus y échapper, il déposa délicatement son doigt sous mon menton, et releva ma tête un peu plus que nécéssaire. J'avais l'air de lui jeter un regard provocateur, sous cet angle. Il la lâcha alors, et je me plongeai pour la Xième fois dans ses iris, là où reignaient d'énormes points d'interrogation.
Je me retirai aussitôt de son emprise visuelle, fixant par-terre, je laissai place à une minute de silence, puis j'attaquai :
.....– Elle adorait peindre. Elle envisageait de retourner au Canada pour se faire connaître davantage, mais elle ne l'a pas fait. Elle a choisi de moisir à la boulangerie où elle travaillait. Je me rapelle, quand j'avais sept ans, elle voulait m'initier à la peinture, d'abord aux crayons de cire, de feutre, de bois, puis la gouache, mais je ne voulais absolument rien savoir. Je jettais toujours tout ce qu'elle me mettait entre les mains par terre.
Je relevai la tête.
.....– Comment s'apellait-elle ? me demanda Oliver, avec un air débordant d'intérêt.
.....– Mariette Austin. Mariette est le nom qui lui a été donné par héritage de mère en fille. Je n'avais jamais compris pourquoi ne m'avait-elle pas baptisée en ce nom jusqu'au jour où elle s'est décidée à fendre, ce qui était pour moi un mystère, en deux.
.....– Pourquoi ne l'avait-elle pas fait ?
.....– Pour la longue histoire que, grand-mère Mariette, lorsqu'elle avait une vingtaine d'années, aurait braqué une banque suite à la perte de son emploi. Elle travaillait dans une compagnie qui rapportait beaucoup. Malheureusement, sa perte d'emploi était due au fait que la compagnie en question, s'était déplacée en Océanie. Alors, tous ses collègues aussi ont été mis à la porte.
.....– Où veux-tu en venir ?
.....– Eh bien, maman m'a expliqué que ce problème-là est survenu de génération en génération ; d'arrière-arrière-arrière-arrière-arrière — blablabla ! — grand-maman Mariette, à grand-maman Mariette. Avant que ma mère décède, elle travaillait à la boulangerie du coin, et rien n'est arrivé ; aucune perte d'emploi. Je ne sais pas si ce serait arrivé plus tard, ou si le malheur de famille retombera doublement sur moi. — On verra ça plus tard. — Elle me disait que même si elles étaient sa mère, sa grand-mère, et ses arrières grand-mères, elle ne respectait pas leur choix de se démerder en braquant une banque, car oui, elles en ont toutes braqué une pour survenir aux besoins de leur famille. Moi et elle — Du moins, le reste vient plus tard. — étions les seules à s'être demandé : pourquoi simplement ne pas avoir cherché un autre job ? Les demandes d'emplois étaient très en vue dans ces temps-là, et presque tous les endroits ici, au quartier Elsau, étaient plein, mais un nombre suffisant de postes étaient disponibles à la commune d'Ostwald, qui se situe à peine à quelques minutes d'ici. Mon grand-père, Hams Stewart, s'était lui aussi embarqué dans le même bateau que moi et ma mère, dans nos questionnements. La tournure des évènements : grand-mère a été arrêtée, jetée au centre de détention d'Elsau, grand-père a demandé le divorce, est parti vivre en Russie, et, sachant qu'il ne serait pas capable de s'occuper de ma mère seul, il l'a placée dans une famille d'accueil. Un an après, lorsque grand-mère est sortie de prison, elle s'est suicidée sans hésitation. Elle avait tout perdu. C'est là, une sorte de mythe, de légende, ou plutôt de malédiction, qui reposait, peut-être même qui REPOSE sur la famille Austin, la famille Austin étant maintenant formée d'un seul membre, qui est moi.
.....– Et tes frères, ton père ?
.....– Mes frères portent le nom de mon père.
.....– Bon. Alors, si je lis bien entre les lignes, elle ne t'as pas baptisé Mariette pour la raison qu'elle ne voulait pas que ce malheur tombe sur toi.
.....– C'est ça, et parce qu'elle ne voulait pas que je porte le nom de bandits.
.....– Qu'en advient-il de ton grand-père ? Est-il décédé ?
.....– Oh, non-non-non ! Je communique avec lui de temps à autres. Il ne s'est pas remarié, il m'a dit que les femmes avaient toujours le moyen de se foutre les pieds dans les plats. Disons qu'il ne s'était pas adressé à la bonne personne ! Mais bon, il m'a fait part d'excuses, et je ne ne vois pas là de raisons de lui en vouloir si on se fie à ce que je viens de te raconter.
.....– C'est vraiment... intéressant comme histoire, complimenta-t-il. Personellement, je préfère de loin Anne à Mariette.
Avec une touche majestueusement théâtrale, je lui répondis : « Moi aussi, je vous avoue, très cher. »
.....– Tu vois, ce n'était pas si difficile de m'ouvrir ton c½ur.
J'acquiesçai d'un signe de tête qui était peut-être trop généreux. Ironie. Il ne saura jamais à quel point tout cela me chamboulait encore. J'étais énormément proche de ma mère, nous étions comme deux soeurs, comme deux meilleures amies. Lorsqu'elle est décédée, j'ai eu le plus grand choc de ma vie. Aujourd'hui, comme hier, et avant-hier, comme tous les autres jours après sa mort, je sentais, je savais, et toujours y sera ; il y avait... ce vide. Oliver est d'une telle écoute, je ne serais pas surprise qu'il soit le Superman dans l'histoire, celui qui sort Lois Lane du trouble. Lois Lane, oui... Je l'aime tellement fort ce clown. »
Extrait tiré de la série de «romans» Étincelles, écrite par moi.
Disons plus que c'est une histoire divisée en blocs.
L'écriture, pour moi c'est... une renaissance.
Et toi, aime-tu écrire? Ou si non, la lecture te plaît?
Ton livre du moment?